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Comment et de quoi sont faits les vêtements que nous portons ?

Les étapes de fabrication de la filière textile-habillement.


Alors que se tenait il y a quelques semaines le salon Made in France Première Vision - l’occasion pour Dress in Paris de rencontrer les fabricants de la filière mode française - au cour d'une table ronde sur la renommée de la fabrication française à l'international, Déborah Neuberg (fondatrice de la marque De Bonne facture) a mis le doigt sur un problème important : les consommateurs français ne sont plus éduqués. Ils ne savent tout simplement plus.


Ils ne savent plus :

  • distinguer à l’œil nu un cousu main d’un cousu machine ;

  • reconnaître au toucher un beau tissu d’un tissu qui partira en lambeaux au bout de quelques lavages ;

  • identifier de belles finitions et un travail de qualité ;

  • entretenir leur garde-robe afin qu’elle dure plusieurs années.

Ils ne connaissent même plus les étapes de fabrication de leurs vêtements. Pourtant, il en faut des étapes avant qu’un vêtement arrive au consommateur final, et chacune d’elles joue un rôle important dans la qualité du vêtement. La filière textile-habillement, souffrant, comme beaucoup d'autres, d'un défaut de transparence (ce à quoi le Made in France remédie en partie), toutes ces transformations ne sont pas forcément portées à la connaissance des consommateurs ; il leur est néanmoins facile de les reconnaître, à partir du moment où ils ont appris à les repérer. C’est pourquoi nous entamons ici une série de plusieurs articles qui nous permettra de remonter l’ensemble de la filière textile-habillement, d’apprendre à connaître les belles matières et de savoir comment entretenir les vêtements que nous portons.



"Nous avons le choix, soit devenir plus cultivés et donc plus humains, soit continuer de patauger lamentablement, et rester comme à notre habitude cet animal autodestructeur, victime de notre propre ingéniosité." Vivienne Westwood

Tout d’abord, il est important de comprendre que la fabrication d’un vêtement s’articule autour de deux pôles distincts et complémentaires :

  • l’industrie textile, en charge de la préparation et de la fabrication des fibres, filatures, fabrication des étoffes (tissu, maille, non tissé). Industrie relativement plus capitalistique caractérisée par une évolution technologique rapide et où les économies d’échelle ont un rôle important. La Turquie et la Chine, par exemple, ont une industrie de textile très développée. Le Maroc et la Tunisie en revanche, dépendent largement de l’étranger pour leurs approvisionnements ;

  • l’industrie habillement qui gère la confection. Industrie intensive en main d’œuvre en particulier féminine avec peu d’évolution technologique et où les économies d’échelle ne jouent pas énormément. Cette industrie se compose de l’activité de « chaîne et trame » (articles tissés) et de l’activité de maille que nous décrivons ci-après.

Au commencement, était la fibre.



LES FIBRES

Définition issue du livre "Mots du textiles" par Claude Fauque, aux éditons Belin : "Réservé auparavant aux seules matières naturelles, ce terme (venu du latin fibra) est également utilisé pour les filaments continus obtenus par synthèse."

Ce terme désigne la nature de la matière première utilisée pour la fabrication de vêtements et la plus petite unité de cette matière.


Les fibres composent les tissus. Ce sont elles qui apparaissent sur les étiquettes de composition des vêtements que nous achetons.

Il existe deux catégories principales de fibres :

  • les fibres naturelles qui sont d’origine animale (comme la laine ou la soie), végétale (comme le coton ou le lin) ou minérale (comme les fils métal et le silicone). A noter que dans l’habillement, les fibres d’origine minérale sont utilisées soit à titre décoratif, soit à titre fonctionnel. Souvent présentes en quantité infime, elles ne sont généralement pas indiquées sur l’étiquette ;

  • les fibres chimiques, elles-mêmes composées des fibres artificielles qui proviennent pour la plupart de la cellulose qui se trouve dans les végétaux (comme la viscose ou le modal) et des fibres synthétiques qui proviennent généralement du pétrole (comme le polyester ou l’acrylique).

Les caractéristiques d’une fibre (longueur, poids, diamètre, capacité à retenir la chaleur, apparence, comportement) et la manière de la filer déterminent la qualité et l’usage des tissus.


Existe-il encore des fibres fabriquées en France ?


S’il reste une fibre textile purement Made in France, c’est bien le lin.



LIN : fibre résistante, absorbante et légère, issue des tiges de la plante du même nom.






Le lin est la plus ancienne fibre du monde. Ce qu’on ne sait pas forcément c’est que la France est le 1er produit producteur mondial de fibres de lin. Elle concentre à elle seule 80% de la production européenne. Ne nécessitant ni engrais ni pesticide, la culture du lin est saine pour l’environnement. Chose étonnante, aucune des fibres de lin produites en France n’est filée en France. La chaîne de production du lin est constituée du producteur, du taillage et du filateur. Les deux premières étapes sont réalisées en France alors que tous les filateurs sont à l’étranger : 80 à 90% de la production de lin français part se faire filer en Inde et en Chine.

En dehors du lin, la France produit un tout petit peu de laine. Il n’y a en revanche plus de fabricant de fibre artificielle en France.


DE LA FIBRE AU FIL

La fabrication du fil dépend de la nature de la fibre. Plus la fibre est longue, plus le fil peut être fin, net et solide.


Les procédés mis en œuvre pour la fabrication du fil sont déterminants dans l’aspect final du vêtement, en termes de solidité, de toucher et d’effets de surface. C’est pourquoi certains noms de tissu proviennent directement du fil qui les constitue, tels que :

  • Tweed : amas ou flammes de différentes couleurs

  • Chiné : moulinage de plusieurs brins de couleurs différentes

  • Crêpe : fils tordus.

Le fil se présente sous différentes formes selon son utilisation finale : en cônes, en bobines, en fromages, en bobinots, en pelotes et en écheveaux.


DU FIL AU TISSU

On appelle aujourd’hui par extension "tissu" tous les types d’étoffe. Alors que nous allons le voir, le tissu doit être distingué de la maille et du non-tissé.

Dans son livre consacré aux métiers du stylisme, Sue Jenkyn Jones (professeur au Central Saint Martins College of Art and Design de Londres) replace le tissu dans le processus créatif du créateur : " Le tissu est au styliste ce que la peinture est à l’artiste : le vecteur de l’expression créative."


Il existe deux manières principales de transformer les fibres en tissu :

  • le tissage, où on entrelace des fils verticaux (la chaîne) et des fils horizontaux (la trame). La raideur et la tenue d’un tissu sont alors dues au nombre de fils de chaîne et de trame par pouce ou par centimètre. Sans trop rentrer dans les détails, il existe plusieurs types de tissage qui déterminent la façon dont le tissu se drape ou se comporte. Retenons les armures simples dont les tissus sont constitués d’un seul système de chaîne et d’un seul système de trame (toile, sergé et satin) et les armures complexes où des fils supplémentaires sont ajoutés en chaîne et/ou trame comme c’est le cas pour le velours dont la technique sert également pour la fabrication de fausse fourrure. Le tissage s'accompagne d'étapes précises dont les plus importantes sont : le bobinage (les fils sont disposés sur les bobines), l'ourdissage (préparation de la chaîne sur le métier à tisser), le rentrage (les fils de chaîne sont enfilés dans des tiges métalliques appelées lisses, puis dans les dents du peigne) ;

  • le tricot, où la maille est formée par des boucles de fil reliées entre elles. Les rangs horizontaux sont appelés des rangs et les rangs verticaux, des colonnes. Un tricot est donc un objet textile qui, contrairement aux tissus, peut être réalisé à l’aide d’un seul fil. Celui-ci est recourbé de manière à former des mailles qui s’entrelacent entre elles pour donner une surface textile. Là aussi, il existe plusieurs types de tricots : jersey, mailles à côtes, fair-isle, jacquard, intarsia etc. Les vêtements intégralement tricotés permettent de gaspiller moins de matériaux que les vêtements coupés et cousus.

A ces deux techniques s’ajoutent le tulle et la dentelle qui nécessitent l’utilisation de machines complexes qui permettent aux fils de se tordre et de passer en diagonale. Enfin, les textiles de pointe produits selon d’autres procédés sont classés dans la catégorie des non-tissés. Le non-tissé est une feuille manufacturée, qui est constituée de voile ou bien de nappe de fibres, de polymères et d’adjuvants (produits chimiques destinés à donner ou à améliorer certaines caractéristiques spécifiques ou à mieux optimiser la production), orientés soit directionnellement, soit au hasard. Ces dernières sont liées par friction, cohésion ou par adhésion.


Les vêtements sont majoritairement composés de maille et de chaîne et trame. L’usage du tulle et de la dentelle est beaucoup plus limité. Quant aux non-tissés, ils sont partout autour de nous, bien souvent sans qu'on le sache. Leurs caractéristiques techniques et économiques, particulièrement intéressantes, font qu'ils sont fréquemment incorporés dans d'autres produits. Ils sont souvent utilisés en fournitures.


Ce sont les usines de textile qui s’occupent de cette phase de transformation du fil en tissu. La plupart sont spécialisés dans un seul procédé : coton basique, lainage de luxe etc. Elles vendent ensuite directement ou par l’intermédiaire d’agents aux fabricants ou aux grossistes.


Une petite astuce ?


Pour distinguer une maille d’un tissé, on peut :

  • tester l’élasticité car le tissé est stable alors que la maille est extensible ;

  • retourner le tissu ou le regarder par transparence, ainsi il sera plus facile de distinguer le chemin des fils et donc sa construction ;

  • effilocher car contrairement au tissé, la maille ne s’effiloche pas.



DU TISSU AU VÊTEMENT

La confection est l’une des dernières étapes de la fabrication d’un vêtement. Il s’agit d’assembler et maintenir plusieurs pièces à l’aide de fils. Elle peut être réalisée à la main avec une aiguille, à l’aide d’une machine à coudre ou via des automates de confection.

En amont, le support textile doit être coupé aux dimensions requises et surpiqué pour éviter qu’il ne s’effiloche.

En aval, il s’agit de contrôler, repasser, plier et mettre sous emballage le produit fini.


L’ENNOBLISSEMENT

Dernière étape et non la moindre, de la fabrication de nos vêtements : l’ennoblissement, qui apporte au textile final les caractéristiques d’usage.


L’ennoblissement regroupe toutes les opérations qui permettent d’apporter des améliorations, que cela soit sur le plan esthétique ou fonctionnel : teinture, impression etc. Il est largement dépendant des changements de la mode et des tendances.


C’est l’étape dont le consommateur a le moins conscience. C’est pourtant celle qui a le plus fort impact écologique et celle sur laquelle on a le moins d’information. En effet, les règles d’étiquetage n’imposent pas de mentionner les produits utilisés dans ces opérations ; produits qui sont pourtant potentiellement toxiques, allergènes ou polluants. Sans parler du fait que les teintures requièrent une consommation d’eau considérable.


Les opérations d’ennoblissement sont complexes, nombreuses et peuvent intervenir aux différents stades de la filière : une fibre peut être teinte dès le départ ou l’article peut être teint après confection. Un simple t-shirt, par exemple, aura subi tout au long de son processus de fabrication, plusieurs opérations d’ennoblissement.

Aller, pour vous féliciter d’avoir lu l’article jusqu’ici, on vous résume le cycle de la mode :



Le prix d’un article de mode en magasin traditionnel est déterminé par le coût du tissu et de la fabrication, auxquels s’ajoute la marge de bénéfice prélevée par le revendeur. Les coefficients multiplicateurs généralement constatés sont de 2,5 et 2,7. Ainsi avec un coût de production de 100€, un vêtement se vendra généralement en boutique au prix de 675€ (100€ x 2,5 x 2,7).


A noter que l’innovation et la recherche et le développement jouent un rôle prépondérant dans le secteur de l’habillement. De nouvelles pratiques et de nouvelles technologies viennent petit à petit transformer le schéma classique du cycle de la mode. Pour avoir un aperçu des révolutions en marche dans la confection de mode, nous vous conseillons l’article de nos confrères de MODELAB.


ET LE RESPECT DE L’ENVIRONNEMENT DANS TOUT CA ?

Ce n'est un secret pour personne, les marques de vêtements low-cost utilisent des matières premières médiocres, voire dangereuses et une main d’œuvre exploitée (dont encore de très nombreux enfants) pour produire des vêtements à bas prix. L’industrie textile est le deuxième plus gros pollueur d’eau. Le coton, par exemple, nécessite plus de pesticides que n’importe quelle autre plante. Sa culture, qui représente 2,5% des terres cultivées, requiert à elle seule un quart des pesticides utilisés dans le monde. Mieux vaut donc se tourner vers le coton certifié biologique, actuellement cultivé dans 22 pays, principalement en Turquie et en Inde. Malheureusement sa production reste marginale et ne doit absolument pas être confondue avec le Better Cotton Initiative (BCI), la nouvelle arme massive de greenwashing que l’on voit fleurir un peu partout et qui ne veut, en réalité, pas dire grand-chose.


D’une manière générale, la production textile utilise des matières fossiles (pour le polyester par exemple) et de nombreux arbres (notamment pour la soie artificielle, communément appelée viscose), sans oublier le charbon brûlé par les usines et celui consommé par les bateaux pour les exportations.


A cela s’ajoute les différents produits chimiques qui sont utilisés tout au long du processus de fabrication.


Lors d’un tissage, afin de lubrifier et de protéger les fils de chaîne, des agents d'encollage (sous forme de solutions ou de dispersions d'eau) sont appliqués après l'ourdissage. Les agents d'encollage, utilisés par les tisseurs, doivent être éliminés par les ennoblisseurs (pendant une opération appelée désencollage). Ce procédé de désencollage génère pour les eaux usées une charge élevée. Dans le cas d'un tissu chaîne et trame, les agents d'encollage peuvent représenter dans les eaux usées une charge totale en demande chimique en oxygène (DCO) de 30 à 70 %. Le pourcentage le moins élevé est obtenu avec des tissus constitués de filaments plats et le pourcentage le plus élevé avec des filés de fibres (fibres discontinues), en particulier pour le coton et dans le cas d'agents d'encollage naturels. Pour cette raison, il est important de connaître le taux de DCO de ces substances et leurs caractéristiques en termes de biodégradabilité et de bioéliminabilité. Il est à noter que ces additifs, présents dans les formulations (par exemple les agents de préservation) exercent également une influence sur la toxicité et la biodégradabilité des émissions en résultant (la toxicité et la biodégradabilité ne peuvent pas être occultées par la seule application des mesures de DCO).


Le nettoyage de la laine après la tonte génère une importante pollution. Mieux vaut opter dès lors pour une laine non traitée qui minimise cet impact par l’utilisation de savions biodégradables et sans recourir à de l’acide sulfurique. Mais à moins d’acheter ses propres pelotes et de se tricoter ses pulls, il est quasi impossible de porter de la laine non traitée.


Quant aux colorants chimiques utilisés pour la teinture, qui contiennent des métaux lourds ou des produits allergisants, qui se retrouvent ensuite dans les vêtements que nous portons, il faudrait un article entier pour parler de leur dangerosité.


De nous jours, seuls la certification GOTS, et les labels BlueSign et Oëko Tex garantissent des ennoblissements conformes aux exigences écologiques et de santé publique. Soyez attentif aux étiquettes.







En 2011, Greenpeace lançait la campagne Détox qui visait à sensibiliser les consommateurs aux enjeux environnementaux liés à la production textile, mais aussi mobiliser les entreprises du secteur pour qu’elles revoient leurs méthodes de fabrication. L’objectif à horizon 2020 est d’éradiquer tout produit toxique des chaînes de production. Chaque année, l’organisation publie un rapport sur les progrès réalisés.

Il n’existe malheureusement pas, à l’heure actuelle, de solution idéale. La fabrication d’une chemise en coton nécessite 25% d’énergie en moins qu’une chemise en polyester. Mais en fin de vie, la chemise en polyester aura consommé 30% d’énergie en moins du fait des cycles de lavage utilisés. Ce qu’on peut dire en revanche c’est que les fibres naturelles sont biodégradables et se recyclent, même s’il en va souvent au détriment de la qualité. Ainsi, la laine peut repartir dans le cycle de l’habillement. Les cotons et lins peuvent être récupérés en cartonnerie, chiffons, matériaux d’isolation et rembourrage. Pensez donc au tri lorsque vous vous souhaitez vous débarrassez de vêtements.


Ainsi s’achève notre premier article. N’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires, questions ou remarques. Retrouvez la semaine prochaine nos conseils sur comment reconnaître, choisir et entretenir de belles matières pour petit à petit parvenir à consommer moins, mais mieux.


A bientôt !



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DIALOGUE ENTRE MODE ET ARTS